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JEAN BOULET, PILOTE D'ESSAI HELICOPTERE

La vie de Jean Boulet, pilote d'essai hélicoptère aux multiples record d'altitude, décédé le 13 février 2011


Le 13 février 2011, Jean BOULET est décédé.

« Un grand monsieur vient de nous quitter. Il est connu et respecté mondialement dans les milieux aéronautiques. C'est le plus prestigieux des pilotes d'hélicoptères, celui qui a mis au point le premier appareil à turbine et ainsi révolutionné le monde du vol vertical. Il est détenteur du record d'altitude, invaincu depuis 39 ans. Mais c'est surtout un homme doté d'un grand courage (sa carrière en témoigne), d'une grande modestie et d'une grande gentillesse. Tous ceux qui ont eu l'occasion de travailler avec lui, ou de l'approcher, peuvent en témoigner. C'est quelqu'un de BIEN.

Les médias feront-ils état de sa disparition ? Peu importe, mais je fais un souhait, et j'aimerais qu'il soit entendu : il faut dédier un haut lieu de l'aviation à sa mémoire. » (Yves LE BEC).

Jean Boulet, René Mouille, Yves Le Bec
(Photo Yves LE BEC)
23 juin 2007, au Cannet des Maures, lors d'un meeting et à l'occasion du 40ème anniversaire de la Gazelle. Jean BOULET près de René MOUILLE et de Madame MOUILLE, à l'arrière plan Yves LE BEC

 


La carrière de Jean BOULET, par Jean-Luc GANIVET

Jean Boulet naît le 16 novembre 1920 à Brunoy dans l’Essonne. Entré à l’Ecole Polytechnique en 1940, il échappe donc à la première ligne lors du début du conflit mondial. En 1942, il poursuit avec Sup-Aéro à Toulouse. Comme beaucoup des pionniers de sa génération, il a été très jeune embrasé par la passion de l’aviation.

Fin 1944, dans le cadre des accords passés entre le Gouvernement de la France libre mais désorganisée, et les Etats-Unis, il est volontaire pour partir apprendre à piloter aux USA. Il y fait connaissance de Gérard Henry, né lui aussi le 16 novembre (mais en1924) autre grand pilote d’hélico, le début d’une amitié fidèle jusqu’au dernier moment.

Démobilisé et de retour en France, il entre sans difficulté à la SNCASE comme ingénieur-pilote en 1947, au Bourget / La Courneuve.

Si le français Louis Bréguet, inventeur incontesté de l’hélicoptère, a effectué le premier vol de son « Gyroplane1 » le 29 septembre 1907, et déposé le premier brevet de plateau cyclique, ce type d’appareil n’a guère intéressé les officiels jusqu’alors. Tout juste, la France a-t'elle utilisé pour la reconnaissance aérienne pendant la guerre des autogyres la Cierva construits sous licence par Lioré et Olivier sous le type Léo C30. La SNCASE vient de concevoir le SE3101, un hélico fait tout de tubes, avec 2 rotors anti-couple en papillon. Elle les expérimente sur la base de Buc.

Jean Boulet retourne donc aux USA en 1947… pour y passer sa licence de pilote hélico. Les premiers essais en sont confié à Henri Stackenburg, un fort gabarit, ancien pilote d’autogyre… mais l’appareil ne décolle pas !

Premier coup de chance : on fait alors appel à Jean Boulet, 1,75 m, resté mince toute sa vie, qui pèse 15 bons kg de moins … et c’est le premier décollage du SE3101.

Jean Boulet sur le SE3101-01
Jean Boulet sur le SE3101-01

Mais dans la fin des années 50, il y a tout à refaire en France, les avions restent prioritaires. Boulet quitte donc le Buc pour Marignane où il est d’abord expérimentateur sur le LéO n° 199, dans le cadre des essais des « engins spéciaux » ( le programme qui mènera à Ariane ) avec pour rôle précis la télécommande des engins.

Parallèlement, il est tout aussi urgent de rééquiper l’armée de l’Air en avions à réaction. La SNCASE perd en quelques mois 2 de ses pilotes d’essais qualifiés sur réacteur, anciens des FAFL : le capitaine Henri Vanderpol, polytechnicien, laché sur De Havilland Vampire (anglais) en Juillet 1949, tué lors des essais du SE1010 le 1er octobre 1949, et le capitaine Charles Duchesne mort le 26 juillet 1950 durant les essais du Vampire maintenant construit sous licence à Marignane. Jean Boulet est muté à Marignane, il passe sa qualification de pilote « réacteur » en 1952 ( brevet n°12) , et on lui confie la réception des « Mistral SE535 » une version française plus évoluée et puissante du Vampire.

Deuxième coup de chance : Le 23 janvier 1953, lors de la réception du n°98, le premier appareil équipé du siège éjectable SNCASO, il est obligé de s’éjecter. Il prouve ainsi l’efficacité du siège français, effectuant en outre son premier saut en parachute, et c’est le départ de sa notoriété. En rentrant chez lui en retard, il se contente de dire : « essai de siège éjectable » !

Peu après, en mai 1953, Georges Héreil, président de la SNCASE, le nomme chef de la base de Buc où est installé le département hélicoptères. Probablement sait-on qu’il est déconseillé à un pilote de s’éjecter 2 fois, mais aussi les pilotes d’hélico sont rares à cette époque, et la qualification de pilote d’essai hélico n’existe pas encore. Charles Marchetti alors responsable de la section hélicoptères - dont font partie René Mouille, Charles-Henri Tresch et Henri Petit ingénieur navigant - a conçu un nouvel appareil le SE3120 connu sous le nom d’ « Alouette I » qui permet à Jean Boulet, dès juillet 1953 de battre les premiers records du monde de vitesse sur hélico (distance : 1.252 km, et vitesse moyenne de 103 km/h notamment).

Jean Boulet sait s’entourer d’une équipe d’hommes de valeur, compétents, dévoués, au service de leur passion, et du succès de leur entreprise, avec lesquels il noue d’excellents rapports, à caractère amical, qui souvent s’étendent aux enfants de ses collègues.

Le projet d’ Alouette II - SE 3130 – débute en 1954, et c’est, peut-on dire, un record de vitesse… de conception ! Pour la première fois, un hélicoptère est motorisé par une turbine (Turbomeca Artouste 2 de 450 cv, limitée à 360 cv) un choix judicieux offrant à l’appareil, fiabilité, légèreté de la motorisation, et puissance en altitude.

Jean Boulet effectue le premier vol dès le 12 mars 1955, et cet appareil lui permet de ravir à Sikorsky le 6 juin 1955, le record mondial d’altitude avec 8.209 mètres.

En 1956, Gérard Henry et Jean Boulet démontrent les possibilités pratiques de l’Alouette II en sauvant à Chamonix les sauveteurs des alpinistes Vincendon et Henri, naufragés avec un H34 sur le Mont Blanc.

D’autres records suivent en 1958 avec le SE3150 - une Alouette II spéciale - , en vitesse ascensionnelle, plus un record d’altitude de 10.984 m ; le précédent, 4 jours avant, de 9.583 m, n’avait pas été homologué ! C’est encore lui qui effectue le premier vol de l’Alouette III - SE 3160 – avec laquelle il se pose dans l’Himalaya en condition d’utilisation normale (2 passagers et 250 kg de matériel).

Jean BOULET
Jean BOULET, le 13 juin 1958, à bord d'un hélicoptère
SE3150. Ce jour-là il atteindra une altitude de 10984 mètres

Retour à Marignane :

A partir de 1960, le département hélicoptère de la Courneuve a progressivement été transféré à Marignane, et ce déménagement est définitif en 1964.

L’éphémère Frelon SE3200 vole en 1959, et laisse sa place au Super-Frelon SE3210 qui effectue son premier vol aux mains de Jean Boulet, le 7 décembre 1962, avec en équipage Roland Coffignot co-pilote, Joseph Turchini mécanicien navigant, et Henri Petit ingénieur navigant.

Un appareil est spécialement préparé par l’ancien aérodynamicien de Caudron Renault, Marcel Riffard, avec carénages aérodynamiques, allègement, suppression du train d’atterrissage, etc … pour ravir encore une fois à Sikorsky en juillet 1963, à Istres, plusieurs records du monde de vitesse avec plus de 350 km/h sur base 15 - 25 km. Record battu en 1971 seulement avec 371 km/h par le Dauphin, autre hélico de l’Aérospatiale, toujours en vigueur pour les hélicos conventionnels.

Ironie du sort, le rotor du Super Frelon a été étudié par Sikorsky… et c’est pourquoi il tourne « à l’envers », dans le sens américain !

Jean Boulet assure encore le premier vol du SA330 Puma en avril 1965 et, avec André Ganivet en avril 1967, le premier vol du SA340-01, bientôt modifié avec la dernière invention de René Mouille, le fenestron. Caréné par une dérive, il permet une meilleure efficacité en translation, une diminution de la pollution sonore, et une sécurité accrue au sol en remplaçant le rotor de queue qui a déjà tué du personnel. C’est la Gazelle SA341.

En 1969 apparaît le Lama surpuissant, une extrapolation de l’Alouette II, son aspect ancien cache des performances étonnantes qui donne à Jean Boulet un autre record.

Coup double : Objectif record mondial d’altitude toutes catégories pour le SA315B. En effet on est maintenant sous la direction de Sud Aviation, et les machines ont maintenant un indicatif commençant par « SA » au lieu de l’ancien « SE » A cette fin, on lui a préparé une machine spéciale, le SA315B, allégé de tout ce qui est inutile, sièges, porte gauche, réservoir plus petit, et même démarreur. Les indispensables instruments de mesure et de contrôle sont déjà une charge. Avant la tentative, Jean lui même semble dubitatif.

Pas de parachute, on n’en porte généralement pas sur un hélico, et là, ce serait encore du poids inutile, le duvet qu’il porte pour affronter les températures de l’ordre de - 60°C à cette altitude est déjà lourd !

L’objectif est atteint le 21 juin 1972, avec 12.442 mètres, et ce record est toujours imbattu !

Mais, ce n’est pas le seul, bien que l’autre ne soit pas homologué ! En effet, Jean Boulet en sentant le but atteint au maximum des capacités de sa machine réduit les gaz… et la turbine, faute d’oxygène (à peu près 5 fois moins qu’au niveau de la mer) s’éteint. Impossible de redémarrer, même plus bas. Jean Boulet commence donc un longue descente en autorotation d’environ ½ heure, c’est le record mondial d’autorotation… mais rien n’a été prévu pour l’homologuer… et ce n’est que pour la gloire, et la survie !

C’est l’apothéose de la carrière de Jean Boulet, avec 17 records internationaux.

Avant sa retraite, il essaie les hydroptères (sortes de bateaux volant en dehors de l’eau, en appui sur des ailes sous la surface de l’eau) H890 et H891. En fait des maquettes pour des projets de fort tonnage (1.500 tonnes), essais prometteurs, mais sans lendemain.

Après 9000 heures de vol, dont 8000 en hélicoptère, une grande partie en essais, Jean Boulet prend une retraite fort active en 1975 : il est chargé de Mission auprès de la Direction jusqu’en 1983. Jean-Marie Besse lui succède à la tête des Essais en vol de ce qui est maintenant Eurocopter.

Jean Boulet a été récompensé par de nombreuses distinctions ou décorations parmi lesquelles, on peut citer :
- 1957 médaille de l’Aéronautique
- 1973 Officier de la Légion d’honneur
- 1975 Grande Médaille d’or des Vieilles Tiges
- 1983 Membre de l’Académie de L’Air et de l’Espace

Ce fut également un brillant conférencier, et un auteur de talent, toujours mis au service de sa vocation.

Il s’est éteint à l’âge de 90 ans, à Aix en Provence, le Dimanche 13 février 2011 à 23 Heures 30.

Jean-Luc Ganivet
Membre des Vieilles Tiges
Pilote, Inventeur, Historien de l’Aviation
Président du Conservatoire Technologique de Provence

 








 
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Dernière mise à jour de cette page le 16 février 2011
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